Bachar on est là pour toi, on laisse pas


 

« Tu vois je préfère ce papier à celui que tu as fait juste après sur Dati / Berra. Pouquoi ?
Ici, tu proposes ton analyse sur la bêtise de l’armée américaine, dans le second tu reprends la nouvelle.
Tu as fait un papier sur Bachar El Assad la semaine dernière. J’aimerais ton analyse sur le silence du FN, le soutien russe, l’impact qu’aurait l’effondrement du régime vis a vis du Liban, d’Israel, des fondamentalistes.
Voilà quelques pistes sur ce que j’aime ou aimerais lire sur ton blog »

 

Je vais répondre à l’interpellation sus-citée de Paperback writer du blog Playgroundlove quant à mon avis sur le silence du Front National concernant la Syrie.

 

 

 

Je crois que le FN se tait parce qu’il est mal à l’aise.
Il est mal à l’aise pour n’avoir pas réfléchi assez loin, il est mal à l’aise pour s’être enfermé dans une posture de fermeture, il est mal à l’aise pour n’être pas prêt à gouverner.

 

 

 

Le front national, malgré les signes avant-coureurs, malgré les parcours de certaines personnalités parties prenantes des mouvements du « printemps arabe » semble n’avoir jamais envisagé que les choix des peuples, qu’ils soient définitifs ou transitionnels, partiels ou non, puissent se porter vers des majorités islamistes et/ou nationalistes.
Il existe un débat sur la définition et la pertinence même du terme islamiste. Nous considérerons ici comme islamisme la volonté de gouverner selon des principes islamiques, comme sources de la loi et fondements de l’action.
Les tunisiens, les égyptiens, les libyens, quel que soit le moyen et parmi ceux qui ont choisi, ont pour l’instant plébiscité ceux que nous appelons des islamistes.
Or, pour le français moyen, il me semble que l’islamisme, de prime abord, sans que l’on l’ait segmenté entre fondamentalisme, djihadisme, modération, salafisme et autres branches, signifie opposition au christianisme et au judaïsme, haine de l’occident, bellicisme, arriération ; s’opposant au progrès, à l’humanisme, à la liberté, à la démocratie, à la république si chère à la France.
Le FN n’ayant pas senti venir la brise islamiste, craignant qu’elle poursuive son chemin vers la Syrie et surtout ne sachant toujours pas quoi en penser, reste muet.
Je précise que je n’ai pas radiographié la presse afin de m’assurer de ce mutisme ; je ne les ai simplement pas entendus. Ce silence supposé est donc à confirmer.
Le parti, qui n’avait pas anticipé la montée en puissance islamiste via les mouvements populaires de libération et qui parallèlement se réclame du français moyen se trouve donc stupéfait.
Grogui par la surprise, incapable de combler son manque d’expertise sur les questions internationale, encombrée par l’ignorance généralisée et gêné par la peur d’avoir à éduquer son public et même le public en général, le FN ne peut s’exprimer.

Autrement il devrait (c’est valable pour les autres partis politiques et mouvements associés) envisager publiquement que l’expression islamiste n’a peut-être pas de sens, il devrait convenir qu’il n’est pas ce que l’ont croit, qu’il est plein de nuances et de fractures, il devrait dire que l’on peut, qu’on a le droit de choisir consciemment au XXIème siècle de s’inspirer ou de construire sur l’islam les bases de la vie publique.
Nous oublions parfois que la plupart voire tous les pays européens s’inspirent dans leurs constitutions, dans leurs lois, dans leur organisation quotidienne, de préceptes religieux. Il en va de même pour les Etats-Unis où ils sont très présents dans la vie publique.
Seulement, pour l’essentiel, ils sont en place depuis plus de cinquante ans sinon des siècles, les différents régimes politiques les ont utilisés, dévoyés, rejetés, questionnés, combattus, malaxés, intégrés, mâchés, digérés, recrachés, cantonnés, adaptés de gré ou de force.
Le travail effectué sur la place de la religion dans la vie de la cité a été si considérable que nous avons pour le plus grand nombre intériorisé sinon la séparation d’avec la politique, au moins, la mesure et la privatisation de la religiosité ainsi qu’une certaine banalisation de la discussion.
Ainsi, en France par exemple, l’Eglise catholique n’a plus d’emprise sur la plupart des champs socio-économiques. Pour autant on peut la consulter et elle s’invite dans le débat lorsqu’elle le souhaite. Mieux, des religieux formulent des idées et prennent position à titre individuel. De même, citoyens, experts et spécialistes n’hésitent pas à contester les propos et les attitudes de l’Eglise et des membres du clergé sans avoir besoin d’une légitimité particulière ni devoir craindre aucune injonction ni réprobation ni agression.
Nous ne sommes pas tirés d’affaire pour autant. Nous devons opérer un glissement de la place de la religion vers l’espace des spiritualités. La devise « Liberté, égalité, fraternité » doit également revenir sur la scène et reprendre un sens concret.

 

 

 

Il est difficile pour le Front National, le parti le plus enclin à séparer, découper, saucissonner les français, le parti le plus prompt à empoisonner le débat, jeter de l’huile sur le feu, attiser les braises de la discorde, le parti le plus en pointe pour lancer des grenades, stimuler les plus mauvais instincts, empoisonner les esprits, il lui est difficile, au poseur de barricades en chef, de quitter le carré dans lequel il prospère pour porter la voix de la liberté pour tous. Comment défendre la liberté de l’autre à choisir ce que l’on rejette? Comment l’encourager à se battre ailleurs pour les droits que nous lui refusons ici? Comment l’accompagner pour arracher la possibilité de vivre comme nous lui reprochons?
C’est le scandale du Front National.
Le Front National ne sait pas refuser aux français et aux autres nationalités vivant en France d’être musulmans (entre autres) de pratiquer l’islam, d’en être fiers ou de chercher à convertir des personnes, d’attaquer la France et ses valeurs de l’intérieur, et en même temps dénoncer des actes révoltants mais qui sont subis par des gens qui ressemblent à ceux dont on ne veut déjà pas sur le territoire, qui plus est susceptibles de faire le choix de l’islamisme.

Bachar El Assad sait s’y pendre pour distiller un léger parfum d’Al Qaida ; rien de tonitruant, ce n’est pas trop appuyé, ça sonne bien et ça fonctionne.

Je crois que les membres du Front National et avec eux beaucoup d’autre français ne comprennent pas que l’on puisse se tourner vers des options non occidentalistes. Comment peut-on vouloir vivre autrement ? Comment pourrait-on être à la fois islamiste et moderne, islamiste et démocrate, islamiste et éventuellement républicain ?

Soit dit en passant, le Front National est souvent accusé de ne pas être démocrate ni républicain.
Si tel était le cas, un probable futur affrontement avec ces gens serait encore plus à craindre.

 

 

 

La posture radicale du parti nous emmène à la capacité du FN à gouverner le pays.
Il ne semble pas prêt à dialoguer, ce encore moins à l’extérieur.
La façon qu’à le Front National de beugler et de provoquer ne me paraît pas propre à conduire les affaires de l’état sereinement. Je n’imagine pas le monde accepter qu’on lui parle comme on nous parle. Je crains que la France s’en trouve isolée.
Je crains également une vraie grande « fracture sociale » tant le FN a du mal à négocier.
Il refuse à l’avance l’idée de faire des compromis, il refuse d’écouter les autres.

En revendiquant un positionnement anti système qui cherche à dynamiter ce dernier, le FN crée de l’angoisse et de l’incertitude ; incertitude quant au calme du climat social, quant à la pérennité des institutions et mécanismes qui permettent le dialogue, quant à l’applicabilité de ses propositions.
Le FN en refusant de répondre (comme lors d’une émission récente avec Jean-Luc Mélanchon comme contradicteur) nous donne un aperçu de la surdité et du mutisme auquel nous serions certainement confrontés. Cela entraînerait au mieux la paralysie si ce n’est l’anarchie.

 

 

 

Le FN n’a pas suffisamment réfléchi à la cité, empêtré dans la vocifération et la caricature sur ses sujets de prédilection (qui il faut le noter se sont enrichis), ce qui réduit justement sa capacité à diriger le pays, un parti de gouvernement étant appelé à contribuer largement  à l’organisation de la vie commune, y compris le reste du monde.
L’ancien refus esthétique d’une partie de la classe politique d’écouter le FN ou de limiter à ses excès verbaux explique en partie son retard puisqu’il a du consacrer beaucoup d’énergie à faire son lifting.
L’échec populaire à la compréhension de la lutte contre la tyrannie, pour la démocratie afin de s’offrir la possibilité du choix de l’islamisme me rappelle le fameux « Comment peut-on être persan? » (« Les lettres persanes », Montesquieu)

 

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