Enterrements


Enterrements

 

Ce matin je suis allée à l’enterrement de ma cousine, le second en moins de trois semaines.

La fois dernière c’était l’enterrement d’un jeune homme d’à peine 25 ans, Arthur, assassiné à Dakar le 20 novembre par deux types qui voulaient lui voler son ordinateur portable.

J’ai eu envie d’en parler tout de suite mais les dieux de la communication étaient contre moi.

Ce même 20 novembre ma tante s’est fait agresser, toujours à Dakar ; on lui a arraché ses bijoux.

Une semaine avant, le frère d’une connaissance a également été brutalisé et menacé au couteau pour qu’il donne son porte-monnaie.

Y a-t-il une recrudescence de la criminalité à Dakar, au Sénégal ? Est-ce que les actes sont aussi nombreux mais plus violents ? Est-ce juste une impression parce que des personnes que je connais ont été attaquées ?

Je n’en sais rien mais c’est effrayant.

 

 

 

Je suis désemparée parce que pour la deuxième fois en très peu de temps je suis très émue bien que je ne connaissais pas bien (ou plus) les deux personnes qui sont décédées et surtout parce que je ne sais pas quoi dire à leurs parents.

J’aimerais pouvoir dire ou faire quelque chose mais je n’ai pas la moindre idée de ce que je pourrais sortir qui serait susceptible d’apporter un quelconque début d’apaisement.

Qu’est-ce qu’on peut dire à des parents qui ont perdu leur fils de 25 ans, tué par des jeunes qui ont probablement le même âge, dont les vies ne manqueront pas d’être bouleversées elles aussi.

A l’église, le prêtre a d’ailleurs demandé de prier autant pour eux que pour Arthur.

Qu’est-ce que qu’on peut dire quand leur fils a un frère jumeau qu’ils vont continuer à voir et qui ne cessera jamais de leur rappeler qu’ils ont été deux ?

Qu’est-ce qu’on peut dire quand tous les efforts, tous les sacrifices, toute l’attention et l’affection qu’ils ont donnée, qui était sur le point d’en faire quelqu’un ont été anéantis ?

Qu’est-ce qu’on peut dire à ses frères ?

A son frère jumeau ?

 

Je savais que dans certaines cultures africaines il était interdit aux jumeau de participer aux obsèques de l’autre mais j’ai découvert cette fois que chez les Yoruba notamment, c’était interdit à tous les jumeaux de la famille, même si l’autre membre de chaque paire est vivant.

Ainsi, le frère jumeau a été empêché de prendre part aux funérailles. Je crois savoir qu’il a été question qu’il le voie au moins, discrètement mais apparemment cela ne s’est pas fait.

En revanche il y a eu une sorte de clameur et des regards qui interrogatifs, qui apeurés, qui outrés à la sortie de la messe car l’une des tantes des jumeaux, qui est elle-même jumelle a bravé l’interdiction et décidé de participer à tout.

 

En d’autres temps et même actuellement en d’autres lieux ont l’aurait certainement attrapée, refoulée, peut-être même réprimandée et il aurait fallu organiser des cérémonies de « contre feux » pour tenter d’atténuer le courroux des dieux et des ancêtres face à une telle transgression.

En effet, chez les Yoruba et d’autres, les jumeaux, triplés, etc. jouissent d’une aura mystique très forte, à la fois protectrice et menaçante, dangereuse et bienveillante.

Ils sont d’autant plus encadrés chez les Yoruba (Bénin, Nigeria essentiellement) que c’est l’ethnie dans laquelle ont trouve le plus de jumeaux au monde. L’ambivalence de ces couples particuliers est donc susceptible de frapper ou d’intercéder assez souvent.

 

 

 

Je n’ai pas d’avis tranché sur le sujet mais je crois que certains jumeaux ou plus (peut-être pas tous) ont des connexions particulières, au moins entre eux, peut-être une intuition plus fine, une conscience d’eux-mêmes et des autres un peu plus forte, une capacité de cohésion plus grande que les autres frères, des antagonismes exacerbés, peut-être.

Faut-il pour autant leur accorder des pouvoirs surnaturels ? Faut-il vraiment les craindre et les adorer ? On-t-ils réellement besoin d’un traitement particulier outre celui qu’on peut accorder à chaque enfant du fait de sa différence ?

Est-il réellement dangereux pour un jumeau et les autres jumeaux de son entourage de voir le corps de son frère décédé ?

Surtout si l’on admet que c’est un autre et non son double, la gémellité n’étant pas un simple effet d’optique.

J’admets volontiers que voir son jumeau décédé doit être déstabilisant. Cela renvoie évidemment  à sa propre mort mais est-ce vraiment plus fort que si c’était un autre frère dont on était très proche.

Est-on réellement si tenté d’en finir pour suivre l’autre. Quand bien même, le soutien présent et ultérieur de la famille et des amis ne peut-il pas faire autant d’effet que sur les autres parents, frères et sœurs ?

Devient-on forcément fou pour avoir vu la dépouille de son jumeau ou participé à ses funérailles même de loin ?

La difficulté de l’expérience doit elle forcément dicter qu’on renonce à la vivre ?

Je dis ça mais je suis la première à renoncer avant d’avoir commencé parce que la chose me paraît insurmontable.

 

 

 

Qu’en dites-vous ?

Avez-vous des jumeaux ? (Il me semble qu’au moins une personne qui fréquente le blog est dans ce cas).

Comprenez-vous qu’on les éloigne des obsèques d’autres jumeaux ?

Que feriez-vous ?

Croyez-vous aux pouvoirs intellectuels ou mystiques des jumeaux ?

 

 

 

 

 

Ce matin je suis allée à l’enterrement de ma cousine, décédée il y a dix jours au cours de son accouchement.

Drame cruel et banal sous nos tropiques.

Ce n’est pas une cousine dont j’étais proche, je n’ai pas eu l’occasion de la connaître bien mais son père est mon parrain et jusqu’à son décès et malgré le divorce d’avec mon oncle, sa mère est restée affectueuse avec nous.

Armelle a laissé un mari, un fils de trois ans et un autre d’une dizaine de jours.

Je suis allée le voir après le la messe, le cimetière et un passage chez ses grands-parents paternels.

J’ai une foule de choses à dire mais je n’y arrive pas.

 

 

 

Je peux juste vous dire que la sœur d’Armelle notamment et une autre cousine s’occupent de lui. Elle est allée s’installer chez la sœur d’Armelle quelques temps pour l’aider.

J’ai toutes sortes de motifs de plainte à propos de l’Afrique et des africains, moi y compris mais je me suis sentie très heureuse aujourd’hui, dans cette journée affreuse, de me rendre compte qu’il y a quand même des trucs qui marchent, qu’il y a quand même des cousines capables de laisser maison, mari, enfants pour s’occuper de se bébé, pour qu’il souffre le moins possible de l’absence de sa mère.  Je suis heureuse que mon autre cousine lui ouvert sa porte, qu’elle fasse tout pour lui et pour son frère, y compris leur éviter de se rendre compte que leur mère ne reviendra jamais. Pour l’instant.

 

 

 

 

Mon parrain n’est pas venu à la messe ni au cimetière, fatigué par la vie, éreinté par le chagrin.

Ce n’est pas la première fois qu’il perd un enfant.

Comment revivre cette horreur ? Comment recommencer tout ça ? Comment rester en vie ?

Ces questions ont déjà été posées et les réponses restent inchangées, figées et incohérentes, incompréhensibles, inhumaines.

 

 

 

C’est d’autant plus inhumain qu’à l’ancien cimetière d’Akpakpa, le taux d’occupation et l’incompétence des autorités sont tels qu’on doit presque toujours marcher sur des tombes pour atteindre celle que l’on cherche, c’est inhumain parce que les personnes qui portent le cercueil le déposent sur des perches au dessus-de la tombe, ils s’en vont, puis il faut les appeler pour qu’il reviennent, c’est inhumain parce qu’on doit enlever les perches, parce qu’on doit défaire les emballages des bouquets, gerbes et couronnes, parce qu’ils se froissent, parce qu’il faut les jeter les fleurs sur le cercueil, parce que ça fait un bruit sourd, parce qu’on entend les fossoyeurs balancer du sable sur tout ça, parce qu’on les entend dire qu’il faut faire vite, qu’il y a d’autres tombes, d’autres morts qui arrivent, parce qu’il faut repartir en marchant encore sur des tombes, sur des gens, des tombes ouvertes, abîmées, avec le risque d’apercevoir un os ou un bout de vêtement, parce qu’il faut dire bonjour au mari et aux autres, qu’on ne connaît pas, parce qu’on n’a rien pour les soulager, parce qu’on a une tante, des tantes, des grandes-tantes, totalement imbéciles qui trouvent que le mieux à faire après avoir enterré une jeune femme de trente ans qui venait d’accoucher c’est de se jeter sur un sandwich devant le cimetière, sans gêne, sans vergogne, parce que devant ce cimetière qui va finir par s’écrouler dans la lagune sale et bordée de déchets on a laissé s’installer des vendeurs de tables basses, de ventilateurs, d’articles de puéricultures, de tout, de n’importe quoi, des gens saouls, défoncés, qui crient, qui se battent, pas de règles, pas d’entretien, pas de plan, pas d’herbe, pas de fleurs, pas de banc, pas de parking. Il a fallu se préoccuper de trouver un endroit où garer la voiture, pas trop mauvais, pas trop mal.

C’est con, c’est nul, c’est bête, c’est ridicule.

 

 

Arthur.

Armelle.

14 réflexions sur “Enterrements

  1. Les plus grandes douleurs sont souvent silencieuses…YAKO,comme on dit chez moi en COTE d’IVOIRE.Que ses ames reposent en PAIX pour l’éternité…que le seigneur vous garde en vie…

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  2. Toutes nos condoléances! C’est vrai, qu’il n’est jamais facile de trouver les bons mots pour réconforter. Quand malheureusement nous avons à faire face à cela, nous souhaitons « nos condoléances et bien du courage, en assurant que nous serons là, en cas de besoin ».

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  3. Je suis de tout coeur avec toi.
    Dakar n’est pas plus dangeureux qu’une autre ville. Mais il est vrai que la répétition fasse penser le contraire.
    Courage.

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  4. Miss Ayo Délé. Tu as a vécu des moments douloureux, ceux de la disparition des parents. Des moments de peine mais aussi de chagrin qui nécessitent la consolation et le réconfort pour retrouver les ressources morales dont on a besoin afin de poursuivre l’existence avec son lot quotidien de problèmes et plus de courage. Reçois ici l’expression de ma compassion ! Que l’âme de tes défunts, chacune dans les circonstances de sa mort, repose en paix et rentre dans le royaume de lumière !

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  5. In this festive evening sleigh let you bring the best wishes of happiness :joy, love and happiness.May happiness and blessings to you and forever stop by and follow .HAPPY NEW YEAR

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