Quoi qu’il en soit


Quoi qu’il en soit , quoi qu’il arrive

Voilà deux expressions dont l’usage intensif m’émeut depuis quelques années et a fini par m’écœurer.
Je note certes un recul global des occurrences de ces locutions depuis 18 mois environ mais j’ai l’impression d’un petit regain de vitalité depuis quelques semaines c’est pourquoi je prends la plume (ou plutôt le clavier) aujourd’hui.
Bien entendu c’est un sujet plus que mineur dans notre environnement de crise économique, pauvreté, guerres et violences en tous genres mais croyez-moi ou non, cela me préoccupe.

 

Je ne veux pas vous fatiguer avec mes problèmes linguistiques donc je vais circonscrire le phénomène rapidement.
J’ai remarqué que ces expressions ont fleuri parmi les jeunes urbains et péri-urbains d’origine maghrébine (les autres ensuite (sans savoir comment ni pourquoi) puis ont été adoptées par les milieux des musiques urbaines (hip hop, rap surtout et pop) avant de s’étendre aux journalistes les plus jeunes, à tous puis aux politiques et enfin au plus grand nombre (à moins qu’ils aient commencé quelque part entre les journalistes et les politiques).

 

Dans ce « plus grand nombre » on retrouve essentiellement des classes défavorisées et moyennes mais je note que la contagion s’est étendue à des jeunes de parents asiatiques aux origines modestes mais ayant eux-mêmes suivi des formations supérieures (Bac+2 à Bac+5) ainsi qu’à des jeunes originaires d’Afrique Sub-saharienne au niveau d’éducation similaire mais eux, venus des couches supérieures de la société que ce soit dans leurs pays d’origine ou ici (ou venant de classes moyennes puis ayant intégré des PCSP supérieures après leurs études).

La mode a pris une ampleur telle que Booba, Kenza Farah, Léa Castel et Sultan (ensemble) nous ont chacun gratifiés d’un titre « Quoi qu’il arrive » sans compter les nombreuses apparitions accompagné, précédé, suivi ou séparément de quoi qu’il en soit, dans de nombreuses productions.

Vous me voyez certainement venir avec mes pourquoi.

 

Pourquoi ces deux expressions ont-elles séduit tout à coup?

 

Pourquoi d’abord les jeunes d’origine maghrébine (à moins que je me trompe)?
La seule idée qui me vient à l’esprit c’est celle de transpositions en français d’expressions populaires arabes* (et/ou qui sont devenues à la mode au Maghreb)
NB : * Je fais la différence entre Orient, Proche, Moyen-Orient, Maghreb, Machrek, arabe, berbère, musulman, turque, africain, persan, etc.

 

Pourquoi les journalistes les ont-elles massivement adoptées à une époque et pourquoi ce relatif regain d’intérêt actuel?
A propos des journalistes j’ai remarqué une foule de choses dont j’aimerais parler (bientôt si le démon de la paresse veut bien me quitter).

 

Pour ce qui est des hommes politiques je suppose que c’est une façon de se mettre dans le vent, de faire jeune et populaire.
C’est aussi une façon de marquer une détermination à toute épreuve, notamment pour ce qui sont candidats à des élections (Rachida Dati en son temps ou François Fillon plus récemment).
Cela ne repose que sur une impression mais il semblerait que plus ils martèlent leur quoi qu’il arrive, plus ils ont tendance à abandonner, non?

 

Pourquoi les jeunes d’origine étrangère non maghrébine et éduqués à très éduqués ont-ils également suivi le mouvement?

 

Je subodore (un peu de psychologie de bazar) que c’est une façon de rester dans le coup et aussi de rester intégré ou de réintégrer un groupe dont on s’est forcément différencié en faisant des études supérieures poussées, en se cultivant, en déménageant, en décalant ses centres d’intérêt et même ses opinions socio-politiques et ses valeurs alors que les d’une part autres sont restés à la traîne d’une certaine façon en n’ayant pas autant évolué, n’ayant pas dépassé la PCSP de leurs parents et n’ayant guère de perspectives brillantes.

 

D’autre part je crois qu’il y a chez certains venant d’Africaine sub-saharienne (et ayant été élevés dans de très bonnes conditions la-bas ou dans un environnement protégé ici), une tentative de se raccrocher à cette même pseudo communauté (voir plus haut) modeste, urbaine et banlieusarde, moins éduqués qu’eux, cumulant les problèmes sociaux et victimes réelles ou imaginaires du système, du racisme (les deux existent!).

 

J’ai constaté qu’au-delà du Bac+5 ils ont rarement cédé à la mode. Trop occupés à autre chose? Trop perchés? Moins influençables?

 

Pour rappel :

« Quoi qu’il en soit :
Locution adverbiale
quoi qu’il en soit /kwa ki.l‿ɑ̃ swa/ invariable

  1. De quelque manière que cela soit, quelle que soit la situation, peu importe de quoi il retourne.

    • Quoi qu’il en soit, on peut imaginer que le désastre phylloxérique mit subitement en présence des plus dures nécessités toute une population vigneronne qui avait jusque-là vécu insouciante sur ses coteaux. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde. Le problème de la natalité -1931)
    • (Au passé)Quoi qu’il en fût, ma naissance fut pénible. Je déchirai ma mère si cruellement que le contact de son mari lui devint un supplice. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux Griottes, 1954, p.24)

Synonymes

http://fr.wiktionary.org/wiki/quoi_qu%E2%80%99il_en_soit

 

Quoi qu’il en soit.

Il faut faire la différence entre quoique en un mot,  » bien que  » : je lui fais confiance quoique j’ai des doutes sur sa sincérité (bien que j’aie…)
et quoi que en deux =   » n’importe quoi « , n’importe quelle chose : on vous donnera tort, quoi que vous puissiez dire (n’importe quoi que vous disiez).
Quoi qu’il en soit : n’importe quoi qu’il en soit, quelle que soit la situation.
http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=357

 

Quoiqu’il arrive ou quoi qu’il arrive
Quoiqu’il arrive; quoi qu’il arrive; quoique, conjonction; quoi que, locution pronominale; grammaire française; orthographe.

  • Allons, quoiqu’il arrive à ce gouvernement [le gouvernement conservateur de Stephen Harper], la campagne à la direction du Parti libéral du Canada est bien lancée… (Michel Vastel.)

Quoique, en un seul mot, est une conjonction synonyme de bien que :
Quoiqu’il arrive à ce gouvernement de commettre des erreurs, on votera de nouveau pour lui.
Pour dire «quelle que soit la chose que ou qui» (Hanse-Blampain), il faut employer la locution pronominale quoi que, en deux mots :
Allons, quoi qu’il arrive à ce gouvernement, la campagne à la direction du Parti libéral du Canada est bien lancée…
http://chouxdesiam.canalblog.com/archives/2007/10/21/6609376.html

 

QUOIQUE ? QUOI QUE ?
Je commence à progresser quoique le français soit une langue difficile.
Dans cet exemple quoique est en un seul mot, c’est une conjonction de subordination qui est l’équivalent de ‘bien que’ .
Quoi que je fasse il me reste encore trop de fautes dans mes exercices.
Dans cet exemple quoi que est en deux mots, c’est un pronom relatif composé qui est l’équivalent de  quelle que soit la chose que … ou quelque chose que

 

Remarques
1/Devant une voyelle on écrit: quoi qu’ (quoi qu’il fasse…)
2/ Le verbe qui suit quoique ou quoi que est généralement au subjonctif
3/ Dans quoi qu’il en soit => quoi que s’écrit en 2 mots
http://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-2850.php

 

Est-ce que vous utilisez ces expressions (par ailleurs tout à fait correctes mais pas toujours bien employées)?

Pourquoi?

Qu’est-ce que vous aimez là-dedans?

Que signifientelles pour vous?

Êtes-vous conscient du phénomène de mode?

Comment l’expliquez-vous?

 

 

quoi

11 réflexions sur “Quoi qu’il en soit

  1. Quel délectable exercice que la lecture de cet article.
    J’ai souri, réfléchi, lu à nouveau (oui, je suis devant la tv cela n’aide pas à la concentration).
    Je n’étais pas consciente de ce phénomène de mode linguistique.
    Je ne connais que Booba et encore des sons qui datent de Mathusalem et que je ne saurais même nommer.
    Kenza Farah, je sais qu’elle a du succès et qu’elle a grandi à Marseille….
    Je ferais d’avantage attention à l’usage que je fais de ces terme dorénavant.
    Quoique je préfère l’usage de « en tout état de cause », « de toute manière », « de toute façon » à celui de q »uoi qu’il en soit » que je n’emploie me semble t-il que rarement.
    Quoi qu’il arrive je garderais en tête cette mise en exergue de ces locutions.

    Merci pour ce bel exercice de style 🙂

    Madly

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    • Hello Madly,

      Je suis contente d’avoir provoqué quelque chose en toi.
      Il y a tout un tas de modes qui vont qui viennent, qui s’installent, j’écrirais à nouveau dessus.
      Moi non plus je n’utilise pas ces deux expressions, d’autant plus qu’elles sont galvaudées (autre expression à la mode chez les acteurs notamment).
      Je préfère « de toutes (les) façons » et « en tous cas ».

      A très vite!

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  2. Génial ton article! Tu maitrises bien la langue française!
    Et je n’avais pas réalisé qu’il y avait: quoique et quoi que. Le 1er je l’utilise parfois verbalement, jamais à l’écrit et j’avoue ne m’être jamais posé la question de son orthographe.
    Quoi qu’il en soit: je ne crois pas l’utiliser. Peut-être parfois pour conclure un sujet (oralement)
    quoi qu’il arrive : idem, je ne pense pas utiliser cette locution, encore moins que la précédente.

    Les artistes cités et chansons… je ne connais même pas… de nom! alors tu imagines 😉

    Bises, bon dimanche Miss!

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    • Coucou Héloïse,

      Je te remercie pour les compliments et je suis ravie de te lire.
      Les chanteurs dont j’ai parlé ont semble-t-il un succès surtout français.

      Je suis curieuse de connaître les expressions à la mode et/ou les plus utilisées en Belgique.

      Bisous.

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      • Hello Miss!
        J’avoue ne pas trop suivre l’actualité musicale (ou l’actualité tout court) en France (ou ailleurs) 😉
        Sincèrement je n’en ai aucune idée. Je ne fréquente pas assez de belges, je crois 😉
        Bisous et longue vie à ton blog 🙂

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  3. A chacun de tes billets sur la grammaire et l’orthographe, le doute s’immisce en moi !
    Il m’arrive certainement d’employer l’une ou l’autre de ces expressions, mais peu fréquemment. Et aussi loin que je souvienne, je n’ai jamais eu de doute quant à leur définition… Jusqu’à ce jour. Je n’ai jamais su que « quoique » existait, et j’ai toujours employé « quoi que » dans le bon sens. Quoique maintenant j’ai des doutes ;-)!

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    • En fait je trouve que les deux expressions vedette sont le plus souvent utilisées dans un contexte correct, prononcées correctement, ce n’est pas le problème mais je considère qu’on les utilise trop souvent ce qui rend les discours de certains ridicules ou maniérés ou étranges par exemple lorsqu’ils parlent de sujets très banal et peu important et concluent par un blabla quoi qu’il arrive ou quoi qu’il en soit bla bla bla qui donnent un aspect tragique à l’affaire alors qu’il s’agit juste de se recroiser à l’arrêt de bus d’ici quelque chose ou de se confirmer un rendez-vous proche par SMS.

      C’est là qu’est le décalage premier, pour moi. Ensuite il y a l’amplification par effet de mode qui fait des hommes politiques par exemple se mettent à donner du quoi qu’il arrive à tout bout de champ ce qui me semble affaiblir leur discours en le rendant un peu ridicule encore une fois et teinté d’une sorte de clientélisme dans leur tentatives conscientes ou non (je suppose) de faire jeune et populaire.

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