En quoi ça me concerne?


Tout à l’heure j’ai aperçu deux personnes en passant devant mon immeuble sans m’arrêter, entre l’arrêt de bus et l’endroit où je me ravitaille en thiep (riz cuisiné à la sénégalaise).

 

J’ai été intriguée et frustrée parce que je ne parvenais pas à déterminer clairement si l’une d’entre elle était un homme où une femme.
Je me suis dit que c’était fou à quel point le nombre d’individus dont le genre n’est pas immédiatement évident ne cesse d’augmenter puis j’ai repris ma course vers le restaurant (on ne se met pas en travers de mon thiep comme ça!).

Tout à coup je me suis demandé en quoi ça me concernait que X ou Y soit un homme ou une femme.
Sérieusement, qu’est-ce que ça peut bien me faire?
Pourquoi est-ce que j’éprouve le besoin d’avoir des certitudes à ce sujet?
Pourquoi le flou me gêne-t-il?

 

Quel rapport avec le fait qu’une grande partie de l’humanité se sente sinon effectivement menacée, alors suspicieuse envers les personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, qu’ils affichent des signes extérieurs ou non?

 

Il faut savoir que j’avais croisé un premier personnage androgyne dans le bus qui s’est avéré être un homme, un jeune homme très stylé portant un manteau fauve féminin mais peut-être pas, une montre fine dorée, un chapeau, des collants opaques bleu foncé, un short noir assez féminin et des derbies noires vernies plates, soit rien de bien compromettant hormis les collants.
Pourtant, on l’oublie, les collants, les chaussures à talons et le maquillage ont d’abord été portés par les hommes en occident.
Est-ce un original qui s’assume? Un dandy qui joue avec l’androgynie? Un transgenre hésitant?
J’ai eu très envie de le photographier en tous cas, je tenterai ma chance si je le recroise.
Toujours est-il que j’étais sur son côté gauche lorsque je l’ai repéré dans le bus et je me suis permis (c’est mal) de l’observer quelques instants pour me faire une opinion que je voulais définitive.

 

Encore une fois je me demande pourquoi un tel besoin qui est bien réel puisqu’au retour de mon opération thiep j’ai revu la personne qui m’avait interpellée devant mon immeuble et j’ai été soulagée de constater un genre précis (c’était une femme).

 

Maintenant je me demande si elle comme le premier sont bien ce que j’ai conclu qu’ils étaient, s’ils se vivent comme tels et je me souviens qu’en fait j’ai déja croisé la femme au moins deux fois et à chaque fois j’ai eu un doute. Il semblerait que ce doute survienne de loin, à cause de sa silhouette et qu’il est dissipé lorsque je vois son visage de près.

 

Et vous, vous y pensez?
En quoi ça vous concerne?

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16 réflexions sur “En quoi ça me concerne?

  1. Je pense que c’est le propre de l’homme de vouloir mettre des étiquettes à tout prix. Il m’est déjà arrivée de me poser cette question concernant une personne croisée dans la rue ou les transports en commun. Cela au même titre que j’ai pu me demander de quelle origine était un passant ou pourquoi tel autre portait certains vêtements. Mais en réalité, je m’en moque. Ils sont juste dans mon champ de vision à un instant précis et mon cerveau, qui a l’habitude des cases, ne trouve pas de correspondance. Cela dure quelques secondes, le temps de remarquer, puis de réaliser que ça ne m’intéresse pas. Et je passe à autre chose.

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    • Ce que tu décris m’arrive souvent, je suis surprise puis je passe rapidement à autre chose.
      Est-ce qu’on peut vraiment s’affranchir des cases comme masculin/féminin quand bien même l’intersexualité existe dans la nature y compris pour les humains?
      Peut-être qu’on peut vivre sans savoir ou sans choisir, après tout.

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  2. Je pense que cela fait partie de nôtre survie. Il faut pouvoir distinguer les choses rapidement. On n’oubliera pas notre inconscient sexuel hyper développé quoi qu’on fasse (est ce que je peux m’accoupler avec?). Et enfin peut-être s’interroge-t-on sur le changement de nôtre société. La perte de repères de façon générale. L’équilibre de féminité /masculinité complexe chez certains individus jusqu’au niveau génétique peut s’afficher librement avec le développement du style. Il y a simplement une troisième catégorie c’est aussi simple que ça. Mais cette mode extrême androgyne, je la trouve par contre stérile. L’ego n’a pas de fin et ce n’est pas le chemin du bonheur que de le mettre en priorité. Aimer s’habiller avec de belles choses ce n’est pas un problème. Si c’est un but alors la vie n’a pas beaucoup de sens… Et on juge trop sur l’image actuellement d’où ce questionnement en abyme. Mais ce n’est que mon point de vue… Tu as soulevé une superbe problématique en tout cas 😉 !

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    • Ce serait donc mon côté primaire qui remonterait à la surface.
      En ce qui concerne la mode je suis totalement pour que les gens mettent ce qu’ils veulent, y compris des escarpins à talons et du maquillage pour les hommes c’est juste que n’y étant pas habituée, ça me trouble.
      Je crois aussi que malgré moi, cela me donne parfois l’impression que certaines personnes souffrent d’un désordre psychologique qui s’exprime en partie par ce biais, quand elles sont outrageusement maquillées par exemple, où marchent d’une façon étrange.

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  3. Malheureusement, nous vivons à une ère où tout doit être défini pour être acceptable. Nous passons à côté de tant de belles expériences…

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    • C’est vrai que j’aime les choses claires et précises mais à côté de ça je suis une grande pagailleuse qui n’a pas toujours besoin que tout soit parfaitement défini.
      Peut-être que ce besoin de définition est particulièrement fort parce que justement il s’agit de personnes et non de choses.
      Tu as raison en disant qu’on peut passer à côté de belles expériences seulement pour mon cas personnel, le flou total me fait stresser et angoisser donc je ne profite de rien du tout, je me sens mal.

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  4. Je pense comme d’autres l’ont soulevé remarque tout ce qui sort de l’ordinaire, que ce soit des vêtements qu’on n’a pas l’habitude de voir ou des silhouettes que le cerveau n’identifie pas du premier coup. Ca, c’est l’instinct. Après, c’est seulement en conscience que tu peux décider si tu t’en soucies ou pas au point de continuer à te poser la question. Et c’est à force de temps que tu peux arriver à ne plus le faire.
    Mais c’est un apprentissage comme le reste. Ceux qui vivent dans des sociétés mono-éthniques dévisagent les étrangers (qu’ils soient blancs ou noirs) alors que le parisien ou le New Yorkais lambda n’y fera pas attention. Pareil avec toute autre différence.
    Bonne question en tout cas.

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    • Hello,
      Merci pour ta réponse.
      Ce qui est curieux par rapport à ce que tu dis c’est que justement vivant en région parisienne j’en vois des vertes et des pas mûres tout le temps et j’ai l’impression de voir de plus en plus de personnes incertaines, transgenre ou travesties mais je ne m’y habitue toujours pas, dans le sens où la difficulté à leur attribuer un genre « réel », « d’origine » me trouble de même que l’affichage et plus profondément l’éventuelle difficulté pour eux à trouver et assumer une place, un aspect et le regard d’autrui qui sans forcément être opposant et agressif peut quand même être curieux.

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      • Je pense qu’ils font partie de la frange la plus récente des gens qui s’affichent (et encore, pas partout dans Paris, d’ailleurs). Donc on n’est pas encore habitués. Et effectivement, quand j’en vois, je me demande toujours s’ils doivent faire face à des réactions agressives, ou être dévisagés. Idem pour les gens qui ont des handicaps ou des marques (brûlures, grosses cicatrices) visibles et qui sortent de l’ordinaire, d’ailleurs. On n’en voit en fait pas tant que ça dans Paris, sans doute parce que les transports et les bâtiments sont très peu adaptés.
        Après, il peut aussi s’agir d’une sensibilité personnelle?
        Je parlais des handicaps visibles parce que je sais que même si je sais que les déformations etc ne sont pas contagieuses, elles me mettent très mal à l’aise. C’est limite une phobie. J’ai fait des cauchemars du grand type dans les Goonies alors qu’il était super gentil comme personnage.
        Par contre, l’identité sexuelle ne compte pas trop pour moi. Je suis généralement plus intéressée par savoir ce qu’ils ont dans la tête, et je ne considère pas que ce soit particulièrement sexué. En plus, j’aime bien les looks androgynes (rock japonais etc).
        Donc je suis plus dure à étonner ou troubler de ce côté.
        Mais c’est une question intéressante.

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      • C’est marrant, ta peur des malformations.
        J’ai plus peur des verrues, éléphantiasis, lèpre…

        Effectivement les transports en communs et les lieux publics sont très peu accessibles aux personnes handicapées pour marcher notamment.
        C’est carrément scandaleux à Paris en 2014.
        J’y ai pensé l’autre jour à Châtelet sur la ligne 14 avec l’ascenseur en panne et des messages divers dans la station indiquant qu’elle n’est plus accessible par ascenseur (il y en a quand même qui fonctionnent par moments, au moins sur la 14) depuis des mois et des mois et ça va encore durer.
        Il y a quelques semaines à Olympiades aucun ascenseur ni escalier roulant ne fonctionnait….

        J’arrive à apprécier des looks androgynes ou étranges mais ça n’empêche mon trouble et j’aimerais vraiment savoir ce que pensent et ressentent ces personnes qui m’interpellent à tort ou à raison.

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  5. Merci Délé pour un billet authentique. Je me retrouve dans ce type de débat interne 😉
    ALC salondefrance avance des arguments pertinents, je dois dire!
    Je te copie un extrait de mon livre où je parle du besoin d’appartenance:

    « La perception première du monde qui nous entoure est globale ; nous voyons un ensemble avant d’en remarquer les détails. Si quelque chose est différent, il sort automatiquement du lot ; et c’est ce sur quoi nous allons porter notre attention. Car même si nous apprécions l’originalité, nous préférons l’unité. Par conséquent, tout élément qui vient briser l’harmonie d’un ensemble uni, est perçu comme perturbateur. Un paysage peut être agréable à contempler, alors qu’un autre nous dérange, et ce, sans vraiment savoir pourquoi. En fait, c’est la similarité entre les éléments qui rend un ensemble harmonieux.
    Partager les mêmes idées, avoir des points en commun, s’identifier à l’autre, s’adapter à l’environnement, tout cela renforce le sentiment d’appartenance. Or, nous aimons nous sentir connectés. C’est entre-autres ce qui explique le succès des réseaux sociaux : des communautés où nous nous sentons connectés les uns aux autres, et où nous pouvons entrer en contact avec des personnes du monde entier qui partagent le même état d’esprit.  »

    Je pense qu’il y a de ça dans ta réflexion. Savoir qui est cet élément perturbateur, une femme, un homme, les deux?
    Nous avons beau nous accepter les uns, les autres, nous n’en remarquons pas moins nos différences pour autant 😉

    Ps: tu auras ton cadeau demain j’ai vu, youpieeee 🙂

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